• Le terme de "superyacht" désigne une embarcation dépassant 24 mètres, voire désormais 30 mètres, sous l'effet d'une course à l'allongement. Au début de ce siècle, il existait environ 2 250 vaisseaux de ce type dans le monde ; deux décennies et une crise financière plus tard, il y en a plus du double. Loin d'être anecdotique (en France, moins de 0, 01 % des immatriculations de véhicules maritimes à moteur sont concernées), la pratique de la plaisance de luxe, apparue au milieu du xixe siècle, met en évidence la sécession sociale et environnementale des plus riches.
    Non pas caprice, excentricité, lubie de milliardaires au mode de vie extravagant ; mais reflet, expression, indice du monde comme il va. Non pas démesure, mais mesure - celle du délire général qui a pour nom "ordre social" . Forme contemporaine de la "réclusion ostentatoire" , la plaisance de luxe nous conduit tout droit aux grandes questions de notre temps - notamment à la reconnaissance juridique de l'écocide comme crime international.
    De la lutte des classes à la surconsommation des riches, de la fraude fiscale à la délinquance environnementale, du greenwashing à la gestion différentielle des illégalismes : tirer le fil du superyachting, c'est dévider toute la pelote du capitalisme fossile.

  • À quoi tient aujourd'hui la légitimité de la prison ? Au tournant sécuritaire commandé par la réaction néolibérale, assurément. Mais aussi à la croyance que la prison est perfectible, envers et contre tout.
    C'est ainsi que, régulièrement, de nouvelles « prisons modèles » s'évertuent à raviver une utopie pénitentiaire mort-vivante. Les discours qui les accompagnent font miroiter la possibilité d'un enfermement enfin avantageux, sinon salutaire, comme si jusqu'ici, par manque d'imagination, de volonté et de moyens, l'on n'avait pas vraiment essayé.
    C'est oublier une histoire jalonnée de diverses tentatives, parfois grandioses, qui donne toutes les raisons d'en douter.
    Pour nous la remémorer, ce livre effectue une vaste mise en perspective dans le temps et l'espace. De Genève à Pékin, en passant par Londres ou Barcelone, du début du xixe siècle à nos jours, il rappelle des cas célèbres ou méconnus de « prisons modèles » qui, d'abord encensées, ont tourné au fiasco.
    Au terme de ce détour, pourtant, il ne s'agit pas seulement de constater l'ampleur du fossé entre prétentions et réalités, ni même de dissiper une illusion. Mais de faire opérer aux « prisons modèles » le même renversement de perspective qu'aux prisons tout court : et si l'évidence aveuglante de leur échec masquait un genre de succès, le passage sous silence de la gestion différentielle des illégalismes dont la prison est le pivot ?

  • Zone de non-droit, la prison défie les dites vertus de l'État de droit, dont la figure sert ici de fil conducteur.G. Salle, sociologue, retrace l'évolution de l'enfermement carcéral en France et en Allemagne. Un apport inédit aux études sur la prison.
    Conformer la prison aux principes moraux et aux normes juridiques de l' « État de droit » s'impose à nous comme une évidente nécessité. En rappelant l'indignité des conditions de détention et l'indigence de l'expérience carcérale, en pointant tantôt des lacunes et tantôt des excès, l'actualité ne cesse de projeter dans l'espace public l'urgence de cet impératif. Malgré d'indéniables évolutions, l'enceinte carcérale matérialise toujours un lieu d'exception. L'expression désormais convenue de « zone de non-droit » signale et dénonce cette anomalie.
    Un consensus semble donc s'être noué autour des vertus de l'État de droit comme modèle de gouvernement des prisons, avec d'autant plus de force que cette figure apparaît comme une référence incontournable de notre modernité, voire la borne de notre condition politique. Cet accord n'est pourtant pas dénué d'ambiguïtés, tant la signification de ce terme est équivoque. Selon quelles logiques et à quelles conditions cette exigence s'est-elle imposée ? Quelles en sont les idées-force, mais aussi les zones d'ombre ? Quels sont ses effets sur la formulation officielle et ordinaire de la question carcérale ? Dans quelle mesure détermine-t-elle les politiques pénitentiaires ?
    Pour interroger la question carcérale, cet essai de sociologie historique comparée en retrace la construction en prenant pour fil conducteur la figure de l'État de droit. Il ne rapporte cependant pas celle-ci à une essence ou un contenu définitif. Il souligne au contraire les enjeux de définition, les usages contradictoires, les batailles de sens qui l'informent. La mise en regard de la France et de la République fédérale d'Allemagne depuis 1968 donne à voir des similitudes, des singularités et des transferts ; au-delà, elle entend contribuer à une généalogie des problématiques contemporaines dont la prison est l'objet.

  • Qu'est-ce que le crime environnemental ? Nouv.

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