FeniXX réédition numérique (France-Empire)

  • De Georges 1er de Grèce qui régna cinquante ans sans jamais intervenir dans les affaires intérieures à Tomislav II de Croatie qui, refusant de collaborer avec le fascisme, déposa la couronne au bout de cinq jours, les Balkans offrent un tableau saisissant de monarques hauts en couleur s'efforçant par des moyens divers et souvent contradictoires d'établir la royauté dans une région terriblement mouvante de l'Europe. Ils eurent leurs heures de gloire et de douleur et furent longtemps injustement oubliés. L'effondrement du mur de Berlin et la libération de l'Europe orientale ont suscité un nouvel intérêt pour leur histoire qui fut aussi, et surtout, celle de nations s'affranchissant au XIXe siècle de la tutelle ottomane pour tomber au XXe siècle sous le joug hitlérien ou stalinien. Ce livre, qui s'adresse à tous les démocrates sincères, monarchistes ou républicains, n'est pas un ouvrage polémique ou de propagande. Il n'a pour ambition que de montrer, pour que les peuples puissent enfin juger avec sérénité. Il s'adresse bien sûr au public occidental qui redécouvre aujourd'hui cette partie du continent, mais peut-être plus encore à la jeunesse balkanique qui, rejetant les préjugés imbéciles, les querelles partisanes stériles et les haines ethniques inacceptables, construira avec nous l'Europe de demain, c'est-à-dire une Europe fraternelle, démocratique et sociale.

  • En Europe, le dernier mois de la Seconde Guerre mondiale fut marqué par une série d'événements dramatiques qui précipitèrent le cours de l'Histoire. Cinquante ans après, André Besson entreprend de raconter ces trente journées décisives qui changèrent la face du monde. À travers une documentation variée et des témoignages inédits, il anime une immense fresque historique mettant en scène des millions d'hommes, de femmes, d'enfants mêlés à la plus furieuse bataille de tous les temps. Après nous avoir fait assister au franchissement de l'Oder par les Russes et à celui du Rhin par les Occidentaux, il narre, en des pages d'une grande intensité, les ultimes combats de rue dans Berlin dévasté. Il fait revivre la tragédie des populations soumises aux bombardements alliés, puis aux exactions des vainqueurs. Ce livre nous fait aussi pénétrer dans l'intimité des damnés du nazisme et raconte ce que furent les dernières heures d'Hitler et de ses partisans. Correspondant de presse, André Besson a eu l'occasion d'enquêter en Allemagne après l'effondrement du IIIe Reich. Il a interrogé de nombreux témoins dans les deux camps. Grâce à ses interviews de combattants et de civils, il raconte dans cet ouvrage, avec beaucoup de réalisme, l'écroulement dantesque du nazisme.

  • Les Amérindiens ont intrigué le monde depuis toujours. D'où ce peuple est-il venu ? Y a-t-il une unité parmi ce grand nombre de tribus ? Comment ces tribus vivaient-elles ? Y avait-il chez elles une philosophie particulière ? Quel rôle jouait le chef ? Pourquoi la quête visionnaire était-elle si importante ? Les Apaches étaient-ils redoutés ? Importance du sorcier tribal. Cosmogonie, herbes médicinales et philtres magiques. Sueurs chaudes... sueurs froides et saunas... Autant de questions passées en revue par René Coulet du Gard qui a consacré un quart de siècle à visiter les réserves indiennes, à suivre les pistes amérindiennes, à vivre avec de « vrais » Indiens et à les écouter parler de leur héritage ancestral, de leur façon de vivre, de leurs traditions et légendes. Il nous fait découvrir les ramifications compliquées entre « la petite histoire amérindienne » et la « grande histoire américaine ». Au cours de l'expansion des États-Unis, on assiste à la compression des tribus indiennes, à un exode ininterrompu et cruel qui touche au génocide. Au cours de la lutte pour la survivance de la race amérindienne, de grands chefs virent le jour. Ils se battirent courageusement pour préserver leurs terres et leur héritage contre la convoitise d'un conquérant étranger. Au Moyen Âge, la chevalerie avait des règles et des rites avant, pendant et après la bataille. La guerre faisait partie de la vie de l'époque. Similairement en Amérique, la guerre, la petite guerre devrait-on dire, appartenait au développement humain. Pour se distinguer comme « brave », il fallait faire des « coups », coups d'éclat cela s'entend, peu importait le prix d'une vie ! Avec ce livre, René Coulet du Gard entraîne dans le sillage du bison tous ceux que l'aventure amérindienne intéresse, intrigue et passionne.

  • 1940, c'est la défaite des élites. Durant les quatre années suivantes le destin a placé chacun des Français, élites au premier rang, dans des situations qu'aucun probablement n'était préparé à affronter. Ce livre retrace, au travers de péripéties nombreuses, très diverses et parfois dramatiques, comment un jeune officier a traversé cette période tragique de notre histoire. Mis par suite de son activité de rebelle au contact de quelques grands de la Résistance, il a hérité de confidences au caractère inédit, telles que le projet d'enlèvement du Maréchal Pétain ou la faiblesse dérisoire des FFI de Paris à la veille de la libération de la capitale. Créateur notamment de corps francs au sein des lycées et collèges parisiens, il en a passé le commandement à la veille du débarquement à Albin Chalandon (actuel garde des Sceaux). Enfin, son trajet en camp de concentration lui a permis de pénétrer l'organisation du pouvoir interne dont les communistes étaient le plus souvent détenteurs. Au moyen d'anecdotes vivantes et originales, on voit apparaître une succession de personnages, tels que le châtelain trahi, le cuisinier, l'évêque, le sous-officier amoureux, le proxénète ou le commandant de la Wehrmacht condamné par Hitler à devenir gardien de « déchets d'homme ». Tous sont confrontés avec la mort, échantillon aussi marquant des personnages de cette époque que ceux de la « Danse macabre » diffusée en Europe au XVe siècle. Véritable roman d'aventures, le récit met en évidence tout à la fois l'importance dans notre vie des tournants inattendus du destin et celle, non moins décisive, des traits fondamentaux de la valeur de l'homme : la foi, le courage, la loyauté et l'amour de sa Patrie.

  • André Courvoisier, auteur du livre « Le réseau Heckler » nous avait conté comment les résistants français de la première heure s'organisèrent contre les troupes nazies d'occupation, avec l'aide des services spéciaux britanniques. Son récit nous avait séduit car il respectait pas à pas l'action historique de ces « Sans-culotte » de la Résistance. Aujourd'hui, toujours avec la même simplicité dans ce livre : « Un aller et retour en enfer », il relate sans fioriture ni complaisance les deux années passées dans un camp de concentration : Sachsenhausen. Il nous explique son existence, ses passages au Lazaret-Mouroir, les bombardements des Alliés sur Berlin et sa banlieue ainsi que cette longue marche d'évacuation du camp : 208 km presque sans ni boire ni manger (pesant 32 kg), marche de la mort dans laquelle périrent plus de 9 000 de ses camarades. Puis il nous décrit ses tribulations parmi les troupes soviétiques. Rentré en France il retrouve ses camarades de la Résistance, mais aussi son pire ennemi Klaus Barbie, qui sans preuve l'avait envoyé « là où ce sera pire que la mort ». Sans esprit de vengeance il retrace les méfaits du « Boucher de Lyon » pour lequel il réclame un juste châtiment.

  • Après le succès incontestable de « L'aube de Minuit » (Desclée), « À tous les marginaux » et « Le parfum répandu » (France-Empire), livres qui ont été remarqués par l'Institut et « Apostrophes », le Père Delissalde publie aujourd'hui le troisième tome de son « Journal d'un prêtre » sous le titre « Si la misère humaine... » Il s'agit d'un recueil de récits hors-série, d'analyses pénétrantes des événements auxquels il a été mêlé et des figures marquantes qu'il a rencontrées dans toutes les sphères sociales. Ces aventures intensément vécues par lui pendant cinquante ans sous toutes les latitudes, le Père Delissalde les raconte avec une bouleversante sincérité. Sur toile de fond, apparaît toujours le drame des enfants abandonnés, devenu la brûlante passion de sa vie sacerdotale. À ses risques et périls. Car depuis son retour d'Amérique du Sud où il a oeuvré au service des réfugiés d'Europe, le Père Delissalde a fait de son presbytère, ces vingt-quatre dernières années, le refuge d'innombrables déshérités échoués sur la Côte d'Azur. Incessante marée noire souvent rougie de sang. Il les héberge, les nourrit, les oriente à ses frais personnels, ce basque américain farouchement indépendant, ancien aumônier de la Marine en Indochine, qui refuse les subsides officiels - à seule fin de porter auprès de tous ces déracinés qui le sollicitent, assoiffés d'amitié, un authentique et permanent témoignage de partage. Et chaque jour, un miracle se produit... Exquise expression poétique, forte culture historique et théologique, réalisme politique, vision lucide des problèmes de notre temps : « Si la misère humaine... » traduit sans fard et sans concession le secret, le courage, la charité communicative de ce prêtre hors du commun, résidant à la Pointe-de-Conte (Alpes-Maritimes), surnommé depuis quarante ans « l'aumônier national des paumés ».

  • Personne ne sait comment Antoine de Saint-Exupéry a passé, il y a cinquante ans, sa dernière nuit sur la terre avant de s'envoler de Corse, au matin du 31 juillet 1944, seul à bord de son Lightning pour justifier de son courage et pour une ultime mission de guerre dont il n'est jamais revenu. Grâce à des recoupements récents, Michel Lhospice a pu tirer le fil d'une hypothèse qui permet d'éclaircir ce mystère et d'imaginer les dernières heures du héros passées en compagnie d'une amie retrouvée par hasard et qui a pris pour lui l'allure du destin. Pilote de guerre vieillissant, homme de lettres célèbre aux choix politiques controversés, déçu de l'amour et de la vie, la mort mystique de ce héros émouvant et pathétique explique autant que son existence trépidante et son oeuvre humaniste pourquoi Saint-Exupéry, devenu le plus connu des écrivains français contemporains, a atteint aujourd'hui les dimensions d'un mythe. Comme dans un film, le roman d'une vie à l'étonnante densité met en scène, entre fiction et réalité, des personnages connus qui revivent leurs propres souvenirs et des témoins hors du commun d'une époque tourmentée allant d'une guerre à l'autre.

  • Dans cette satire endiablée, Christian Harrel-Courtès nous brosse le tableau de cette grande bourgeoisie dont le style de vie resta longtemps celui de 1900, bien après que la Belle Époque eût disparu. L'auteur ne nous fait grâce de rien, et avec un humour féroce, passe en revue les us et coutumes de cette « bonne société » qui se voulait l'élite : paternalisme envers les domestiques, observance stricte des pratiques religieuses, refus de toutes nouveautés, méfiance envers les Arts et les Lettres considérés comme « distractions pernicieuses », immobilisme en affaire, culte de l'argent. Les mariages, les enterrements, les ventes de charité, les grands dîners, les fêtes religieuses, les obligations mondaines : autant de scènes irrésistibles qui montrent les grands bourgeois infatués de leurs privilèges - jusqu'au réveil brutal des années 30, où les patrons découvrent avec effarement leurs effigies pendues aux grilles des usines : le XIXe siècle est bien fini, c'est l'ère des conventions collectives et des congés payés - autrement dit la fin d'un monde ! Si l'auteur a choisi Marseille comme cadre de ses souvenirs, c'est parce qu'il y est né, issu d'une de ces familles dirigeantes dont on a peine aujourd'hui à imaginer la suprématie. Avec une lucidité fascinée, il dépeint cet univers clos dans lequel il a grandi. Car qu'elles fussent natives du nord, du sud, ou de l'est de la France, de Bordeaux ou de Roubaix, de Grenoble ou de Limoges, de Lille ou de Paris, de Nancy ou de Rouen, ces familles « bien pensantes » vivaient toutes en autarcie, obsédées par le souci de « rester entre soi ». À travers ce pamphlet sans complaisance, nous retrouvons des modes de vie et de pensée qui semblent appartenir à l'époque de Monsieur Fallière, et qui furent cependant ceux de beaucoup de nos parents et de nos grands-parents.

  • Le 6 août 1926, pour la première fois au monde, un homme évoluait sous l'eau dix minutes durant sans aucun lien avec la surface. Le commandant Le Prieur réalisait avec son scaphandre autonome le rêve le plus cher de Jules Verne. L'homme-poisson, plus couramment appelé aujourd'hui l'homme-grenouille, était né. Premier homme-poisson, Le Prieur a été aussi un des premiers hommes volants. En 1908, jeune enseigne de vaisseau épris de judo, il est à Tokyo. Il y accomplit le premier vol qui ait été effectué au Japon. Dès lors la Marine, l'Aviation et l'Aéronautique Navale vont bénéficier tour à tour de ses dons d'inventeur. Des générations de marins conduiront le tir de nos navires en se servant des inventions Le Prieur. Les aviateurs, et parmi eux les plus illustres - Guynemer, Nungesser et tant d'autres - lui devront un correcteur de tir, les premières roquettes, des bombes à flotteurs, ramées, contre les sous-marins et contre les chars d'assaut ; des mines aériennes, le navigraphe et mille idées. Il n'est pas jusqu'au Cinéma qui lui devra l'invention de la transparence !

  • Le fameux « triangle d'or », immense région méconnue couvrant une partie de la Chine, de la Thaïlande et du Nord-Laos, fut la source la plus importante d'opium à destination du monde moderne. Ce que l'on sait moins, c'est que les Hauts Plateaux d'Indochine furent le théâtre de combats acharnés entre les unités Viet Minhs et Lao Issaraks d'une part, l'armée franco-laotienne d'autre part. Une fois passés en Chine, deux kilos d'opium valaient le prix d'une mitrailleuse lourde. Or la province des Houa Panhs, où se déroule l'action, en fournissait neuf tonnes par an. On comprend mieux, dès lors, l'acharnement des rebelles pour s'emparer de la récolte. Le colonel Bernard Moinet retrace ici les épisodes authentiques de ces combats qu'il mena comme jeune lieutenant entre 1949 et 1952. Grâce à un style direct et très vivant, on partage les épreuves, les impulsions et les réactions des jeunes hommes engagés dans une forme de guerre totale et nouvelle. Opium Rouge révèle ce que fut la guerre contre-révolutionnaire menée par une poignée d'officiers et de sous-officiers français, au coude à coude avec les Laotiens, à l'un des points essentiels de la stratégie du monde communiste ; Dien Bien Phu, au coeur de cette région, allait en confirmer l'importance capitale. Quarante plus tard, le témoignage de Bernard Moinet a gardé sa double valeur de reportage et de cri d'alarme lancé vers l'Europe, vigoureuse mise en garde contre les menaces, directes et indirectes, émanent du monde asiatique.

  • Le 16 décembre 1944, à l'aube mille panzers crèvent le front américain des Ardennes sur 90 kilomètres. Une vague de crainte ou d'espoir déferle sur le monde. Les amis du Reich croient à nouveau à la victoire d'Hitler. Les populations libérées depuis peu par les Alliés se remettent à trembler. Dans les camps de concentration de nombreux prisonniers sombrent dans le désespoir. En même temps, 3 000 Allemands déguisés en G.I., sous les ordres du Lieutenant-Colonel Skorzeny, mondialement connu par ses téméraires entreprises dont les enlèvements de Mussolini et de l'amiral Horthy, le régent de Hongrie, tentent de plonger un demi-million de combattants dans la confusion en se glissant dans leurs rangs. Après un moment de panique, les Alliés se ressaisissent et opposent une résistance farouche. C'est alors que le général Mac Auliffe, assiégé dans Bastogne, répond à l'ultimatum du commandant des forces allemandes par un seul mot : « NUTS ! », un mot qui va devenir aussi célèbre que celui prononcé, dans des circonstances analogues, par le général Cambronne à Waterloo. Sans doute, l'histoire de cette décisive bataille de la Seconde Guerre mondiale a-t-elle déjà fait l'objet de plusieurs livres. Et pourtant l'essentiel restait à écrire. Sans vaine provocation, comme sans ménagement, Michel Georis dit enfin toute la vérité sur les aspects troublants de la bataille des Ardennes. Ayant rassemblé des témoignages inédits et découvert des documents militaires discrets sinon secrets, il est en mesure d'évoquer, pour la première fois, l'ampleur de la déroute américaine et les funestes tergiversations de l'état-major allié. Il démontre que l'offensive de von Rundstedt ne fut pas, ainsi que le prétend l'histoire officielle, un coup de tête de Hitler, mais bien une remarquable opération stratégique soigneusement préparée. Il prouve que le vrai vainqueur de cette bataille des Ardennes fut Patton, ce général « sang et tripes » auquel son pays n'a jamais rendu pleine justice. Le scrupule de l'historien, l'exactitude de l'enquêteur et l'entrain du reporter se conjuguent dans « NUTS ! » et font de cet ouvrage à la fois un document de premier ordre et une vivante chronique.

  • « À Munich, je suis tombé dans un traquenard ! » Cette idée de piège imprima au récit que fit Daladier à l'auteur en 1962 une notion d'impuissance et de fatalité. L'auteur a tenté d'éclaircir cette affirmation en étudiant la situation de chaque pays en septembre 1938, en approchant les acteurs du drame, leurs pensées, leurs illusions dans le cadre qui leur est propre et en suivant les péripéties comme un événement d'actualité, avec le maximum d'objectivité. La guerre peut-elle résulter du problème tchécoslovaque ? Quelles sont les limites exactes des ambitions hitlériennes ? La présence de trois millions d'Allemands en Tchécoslovaquie justifie-t-elle le démantèlement du pays ? N'y a-t-il pas plutôt en jeu une certaine conception du droit, de la civilisation ? La France soutiendra-t-elle son alliée ? L'Angleterre éprouve-t-elle un réel intérêt pour l'Europe continentale ? L'Italie abandonnera-t-elle son jeu hésitant entre les Occidentaux et l'Allemagne ? La Pologne saura-t-elle détecter les véritables intentions hitlériennes ? L'U.R.S.S. sortira-t-elle de sa prudence en dépit des réticences britanniques et de l'indifférence française ? L'Espagne constituera-t-elle un troisième front pour la France ? Les neutres seront-ils amenés à changer leurs positions ? Hitler réussira-t-il sa manoeuvre d'intoxication et de dissuasion ? Les idéologies masqueront-elles les impératifs stratégiques ? Toutes ces questions, pour aboutir à la conclusion : « Pouvait-on, devait-on déclarer la guerre en septembre 1938 ? » !

  • Il n'y a pas si longtemps, les moulins faisaient partie du décor : on en voyait partout - sur les collines où le vent faisait tourner leurs ailes, au bord de l'eau pour ceux qui utilisaient la force hydraulique. Un paysage sans moulins ni meuniers aurait paru désertique. Seul le descendant d'une longue dynastie meunière pouvait évoquer ces temps révolus. Marcel Gouzène, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de meunier, a gardé de sa longue ascendance meunière force anecdotes et souvenirs. C'est ce récit qu'il a confié un jour à Jean-Louis Quereillahc, à charge pour lui « d'en tirer quelque chose ». En acceptant la tâche proposée, Jean-Louis Quereillahc n'a pas cherché à faire oeuvre littéraire encore moins à romancer. Il a voulu au contraire respecter le style et le caractère de cet ouvrage, afin de lui conserver toute son authenticité. C'est donc un témoignage sans enjolivures que nous donne ici l'un des derniers témoins de la meunerie d'antan. On n'imagine guère aujourd'hui la position importante qu'occupaient les meuniers dans les sociétés rurales d'autrefois, où ils formaient une véritable aristocratie. Pourtant, on les disait voleurs et cette accusation fit longtemps partie de leur folklore. À l'époque en effet, on payait en nature le meunier, qui avait parfois tendance à prélever plus que son dû... Ce qu'on n'imagine pas non plus, c'est la dureté du travail de meunier, l'exténuant effort physique pour soulever dans la journée les sacs de blé - et la nuit, le sommeil précaire, car un bon meunier ne devait dormir que d'un oeil et se réveiller à intervalles réguliers pour régler sa meule (d'où la fameuse chanson : « Meunier, tu dors, ton moulin va trop vite... »). On referme ce livre avec la nostalgie d'un monde à jamais disparu, qui ne revit plus que dans les contes pour enfants.

  • Laurent Azzano, ébéniste et fils d'ébéniste, a grandi au coeur du faubourg Saint-Antoine, dans la célèbre rue de Lappe, au milieu de ce monde grouillant et coloré où artisans, apaches et gigolettes coexistaient pacifiquement, chacun respectant le clan de l'autre. Il évoque ses souvenirs de jeune apprenti, sous la férule de patrons dont il brosse les portraits truculents. Les anecdotes foisonnent, certaines osées (les ébénos ne sont pas des enfants de choeur !), toutes pittoresques et représentatives d'une époque disparue. C'était le temps où les charrettes à bras sillonnaient les rues du faubourg et où des refrains sortaient de tous les ateliers, car on était gai, malgré la misère. Et Laurent Azzano parle aussi des bals de la rue de Lappe, où il était « toléré » à condition de se plier au code de l'honneur ; des javas que l'on dansait, mains posées sur les hanches ou sur les fesses... Laurent Azzano écrit comme il parle, dans un langage simple de tous les jours, rempli de gouaille et d'humour, truffé de mots énergiques et d'expressions pittoresques. Un livre étonnant de verve, de chaleur et de drôlerie, un document exceptionnel.

  • Marindel, dans « Les Centurions » de Jean Lartéguy, c'est lui. Meyrieux, dans le « Manifeste du Camp N° 1 » de Jean Pouget, c'est encore lui. Et le lieutenant Granperrin dans « Le Prêtre et le Commissaire » du père Albert Stihlé, c'est toujours lui : Jean-Jacques Beucler, ancien secrétaire d'État à la Défense puis aux anciens combattants, qui nous livre aujourd'hui ses mémoires. « Il est rare, écrivait Edgar Faure, qu'un secrétaire d'État ait été un personnage de roman » : Jean-Jacques Beucler est cet exemple unique. Officier de carrière jusqu'en 1954, il participe à la campagne d'Italie, au Débarquement, puis aux campagnes de France et d'Allemagne, avant d'aller combattre en Indochine où il sera prisonnier durant quatre années. Ce sont ces expériences, et bien d'autres, que raconte ici celui qui s'illustra récemment en démasquant au coeur de l'université française un professeur du nom de Georges Boudarel, tortionnaire des prisonniers de guerre français en Indochine pour le compte du Vietminh. Reconverti dans l'industrie, Jean-Jacques Beucler s'est également attaché à développer la gestion participative, dans la lignée des propositions sociales d'une certaine tradition française. Élu maire, puis député, ministre de deux gouvernements, Jean-Jacques Beucler a placé son combat sous le signe d'une seule fidélité : la France.

  • Bob ne se remettra jamais de la perte d'une mère tôt disparue, dont il garde le souvenir éblouissant. Il se fraye un chemin sans présence paternelle grâce à l'aide intermittente de son oncle, qui compense sa solitude morale. Marc, son frère, lui apporte la solidarité familiale et son camarade Rodolphe le conduit à réfléchir sur l'aspect historique du temps présent. Laure, son amie d'enfance, pour laquelle il ressent des sentiments confus de tendresse, l'initie à la musique et à toutes les formes de sensibilité. Elle l'accompagne au cours d'une adolescence marquée par la défaite de la France. Durant les années de guerre, Bob sera confronté à ceux qui subissent comme à ceux qui commandent, et fera son apprentissage grâce à l'action. Dans ce récit à ciel ouvert, la mémoire de Bob ne garde que les traits de valeur symbolique. Ce témoignage, sans préjugé politique, est donné par une écriture sans emphase, qui emprunte tantôt le langage parlé, tantôt celui des songes.

  • Ce deuxième ouvrage de la série "Marins de France au combat" est consacré aux marins méconnus du XVIIe siècle qui ont combattu et écrit les pages glorieuses de notre histoire maritime de 1610 à 1715 en soutenant à la mer la politique nationale de notre pays durant les guerres contre les protestants de La Rochelle (1622-1628), contre l'Espagne (1635-1659), contre les Provinces-Unies et ses alliés de 1672 à 1678, contre la Ligue d'Augsbourg de 1689 à 1697 et pour la Succession d'Espagne de 1702 à 1713. Les vies et les combats des marins qui ont appuyé à la mer les objectifs de Louis XIII et de Louis XIV méritent d'être contés, car ils font partie du patrimoine maritime de la France.

  • Il y eut jadis - il y a encore - de hauts lieux de la dentelle : Le Puy-en-Velay, Valenciennes, Alençon, Bailleul, Arras, Lille, Sedan ; en Belgique : Bruges, Malines, Bruxelles, Gand... Tous ces grands centres ne suffisaient pas toujours à répondre à la demande, tant nos ancêtres raffolaient de dentelles : elles enrichissaient les manchettes, les gants, les cols, embellissaient les rabats des prélats et les jabots des princes, paraient les corsages et les manches des grandes dames. Les rideaux de dentelle neigeaient le long des lits et des fenêtres. C'était une orgie de parures vaporeuses. Mais derrière ce luxe, il y avait l'envers du décor, les dentellières exploitées, misérablement payées, rivées à leurs fuseaux de l'aube au crépuscule. À côté des ouvrières en atelier ou en chambre, les dentellières des campagnes connaissaient un sort plus enviable. Elles travaillaient librement sur le seuil de leur « ousteau » et se transmettaient leur savoir de génération en génération. Marie la Dentellière représente toutes ces humbles femmes aux doigts de fée. Elle raconte la vie de son village, le rôle si important qu'y jouaient les béates, ces étranges religieuses qui s'installaient au coeur d'une paroisse pour aider le curé, sonner l'Angélus et apprendre la dentelle aux enfants. Toute la vie pittoresque des communes dentellières d'autrefois revit à travers Marie, qui aime son beau métier, cherche sans cesse à le perfectionner et accède dans sa simplicité à une véritable formation artistique. À la fois document et roman d'une vie, ce livre se lit avec émotion et curiosité.

  • Lycette Darsonval : un nom inoubliable pour tous ceux qui eurent le privilège de voir danser cette grande Étoile de l'Opéra. Sa vie est un roman. Petite fille blonde qui dansait pour son plaisir sur la Butte Montmartre au son d'un orgue de Barbarie, elle est remarquée par une passante : une amie de Cléo de Mérode et de Camille Boss. L'inconnue conseille vivement à la mère de Lycette de l'envoyer à l'École de Danse de l'Opéra. Ainsi commence une carrière prestigieuse qui fera d'elle une des plus grandes danseuses de l'École Française, et la partenaire privilégiée de Serge Lifar. Cette gloire très pure, Lycette Darsonval la doit à un travail acharné, une volonté de fer, un courage à toute épreuve. Au-delà de toute fatigue, elle ne s'est jamais accordé aucune concession dans sa quête perpétuelle de perfection. Avec les tournées de l'Opéra et à la tête de la Compagnie qu'elle avait fondée, Lycette Darsonval fut aussi l'ambassadrice du Ballet français à travers le monde, un monde dont elle a fait plusieurs fois le tour, infatigablement, parcourant l'Amérique, le Canada, le Japon, la Chine, la Russie, et même la Sibérie. Elle fut aussi conférencière avec son spectacle « Trois siècles de Danse à l'Opéra » présenté sur toutes les scènes du monde, et aussi chorégraphe de nombreux ballets dont certains restent inscrits au répertoire de l'Opéra. Dans ses souvenirs, Lycette Darsonval ne nous parle pas seulement de ses triomphes, mais aussi de ses joies et de ses peines, de son combat permanent contre la jalousie et l'injustice et toutes les cabales et rivalités inhérentes à ce milieu de la Danse dont les règles sont celles de la jungle ; tous revers d'une gloire amplement méritée, mais payée fort cher, en sueur, en sang, en larmes, et par les déchirures de sa vie de femme. Un document passionnant écrit par la grande dame du Ballet français.

  • « On était le 18 mars 1962. Dans ces montagnes de Kabylie, la population sortait de sept années de terreur due à la guerre. Le cessez-le-feu allait prendre effet dans moins de douze heures. L'Algérie serait indépendante. Ali ne comprenait pas ce que cela voulait dire précisément, bien qu'il sût vaguement que les Français allaient devoir partir et que, désormais, on entrerait dans une ère de liberté totale... » Dans les derniers soubresauts des « événements » d'Algérie, alors que les maquisards tentent de reprendre les populations en main et que paix et réconciliation sont prêchées, le jeune Ali se rend compte, sans se l'avouer, qu'un drame se joue. La peur s'installe peu à peu et bien vite l'heure est aux règlements de compte : enlèvements et assassinats sont commis sous les yeux des soldats français impuissants qui quittent leurs garnisons dans la confusion. L'étau se referme sur la famille d'Ali, victime de calomnies et de suspicion. Il faut fuir ! Quitter cette terre d'Algérie comme tant d'autres, en ces moments incertains. Les montagnes sauvages de Kabylie, les lumières d'Alger, puis la France, le froid, les camps de réfugiés, les cités de transit, les difficultés d'insertion. Un voyage sans retour.

  • Lorsqu'il débarque en 1974 à Saïgon, Emmanuel, ancien officier, se doute-t-il qu'une rencontre fortuite avec Bach Yen, fille de son ami perdu, va bouleverser sa vie ? Car la jeune fille va l'obliger à plonger dans son passé pour faire revivre le souvenir de ses parents, un couple né du hasard des combats dans la rizière pour unir de manière étrange un officier loyal et une nationaliste convaincue. Au fil du récit, il retrouvera, pour Bach Yen, ses impressions de jeune officier vivant avec passion l'aventure de la guerre « française », son attachement pour ses soldats vietnamiens et sa découverte, grâce à des relations amicales avec une famille d'universitaires d'Hanoi, des sentiments profonds d'un peuple écartelé par l'histoire. Même si ce premier séjour s'est soldé par la tragédie de Diên Biên Phu, la captivité et la mort de tant d'amis, il en a gardé cette nostalgie aiguë qui l'attire à nouveau vers le Vietnam en guerre. Dans le Saïgon de 1974-1975, Emmanuel connaîtra avec Bach Yen un amour naissant contrarié par la violence de son engagement dans la lutte anti-communiste et par le poids du passé de ses parents dont la vérité se fera jour peu à peu. Il connaîtra aussi, dans une approche amicale avec une autre Vietnamienne, Thuy Van, l'attraction et la richesse des êtres ayant réussi la symbiose entre deux cultures. Il connaîtra enfin les jours tumultueux du dénouement de la troisième guerre d'Indochine, qui, après l'intervention américaine, oppose le Nord et le Sud. Il vivra ainsi la déroute de l'armée de Thieu, la prise de Saïgon en avril et la fuite de Bach Yen avec les derniers ressortissants américains. Expulsé par le régime communiste, le coeur partagé entre son pays et « l'impossible patrie », comme il l'est entre deux femmes, Emmanuel tentera à Paris de renouer des liens interrompus, de corriger en quelque sorte la marche de l'histoire et le tragique d'un rendez-vous manqué entre la France et le Vietnam.

  • Ça n'a pas été une petite affaire pour Paul Ballanche, collégien à Saint-Jean-les-Touilleurs, d'entrer dans la Résistance à l'insu de ses parents. Il sera un des soixante hommes appelés à « camper » dans la forêt de Saint-Friard, ce qui le rapprochera de sa cousine Désirée, pulpeuse vedette des actualités cinématographiques, parce qu'à la place de son mari prisonnier, elle fait ronfler la forge pour ferrer les chevaux. La Gazette - tel sera finalement son nom de guerre - cultive deux ambitions au maquis : la conquête de la gloire et celle de « la » Désirée. Il se laissera plutôt conquérir par la seconde, tandis que la première s'obstinera à lui poser des lapins. Chronique picaresque d'un maquis plus porté à soigner ses menus qu'à utiliser sa puissance de feu, du reste longtemps inexistante, mais d'un maquis authentique. La vie quotidienne - minutieusement rendue - d'une clairière vouée, durant l'été 1944, à l'épopée, est animée par des personnages créateurs d'événements qui, si insolites soient-ils, se réclament de la réalité historique la plus pure. Jean Vartier les a rencontrés, au fil d'une longue enquête, dans deux provinces de l'Est. Ils se reconnaîtront et seront reconnus, même si les pistes qui mènent de la représentation au modèle ont été un peu brouillées. En tout cas, jamais n'avaient été percés avec autant d'acuité et de mépris des idées reçues, les grands et les petits secrets de ces communautés d'hommes du fond des bois. Jamais les curiosités n'avaient été poussées aussi loin dans le domaine de « l'envers de l'épopée » vieille de cinquante ans. Ceci pour aboutir au plus décapant des « comme si vous y étiez », servi dans une langue pleine de vivacité et d'humour.

  • Firmin Lesfarges et la Marthe ont été obligés de quitter les îles qui parsèment le lit du Rhône en amont immédiat de Lyon. Ils se sont installés dans un petit hôtel de la rue Mercière, l'une des rues chaudes de la grande ville. En souvenir de leur ancienne guinguette du Bois-Perret, ils lui ont donné le nom d'Hôtel-des-Îles. Julien Cuisseau les a suivis avec son amie Roseline. Toutefois, il ne peut supporter cette nouvelle vie. Plus fait pour courir les vorgines qui s'accrochent aux rives du Rhône, il se morfond de ne plus voir le ciel qu'entre les hauts murs gris des vieux immeubles. Il ne respire vraiment que lorsqu'il braconne dans les étangs de la Dombes toute proche. En attendant mieux, le beau Julien se contente de rêver à des jours meilleurs. Cependant, un matin brumeux de fin d'automne un événement imprévu se produit au bord de l'un des étangs qui s'échelonnent entre Pizay et Sainte-Croix. Cet événement est le premier d'une série qui entraîne le pirate dans une spirale beaucoup plus dangereuse que les tourbillons du fleuve immense qu'il aime tant.

  • Un jeune Arménien, né dans une riche famille d'une petite ville d'Asie Mineure, échappe par miracle au grand massacre de 1915, où périssent presque tous les siens. Il mènera jusqu'en 1918 une vie très difficile. L'armistice signé, il pourra se rendre à Constantinople, alors occupée par les troupes françaises, et de là à Paris, la « ville-lumière » dont il rêvait depuis son enfance. Sans autre ressource que son courage et le long apprentissage de la taille des diamants, il y vivra d'abord à peine mieux qu'en Turquie ; cependant, grâce à un travail acharné, il réussira à manger à sa faim et même à s'enrichir, jusqu'à la crise de 1930 où il se retrouvera seul, chômeur et ruiné. Sans se laisser abattre, faisant tous les métiers avant de revenir à celui de diamantaire, dans lequel il est devenu virtuose, il remontera peu à peu la pente et, malgré de nouvelles difficultés dues à la Seconde Guerre mondiale, il aura une vieillesse heureuse, respecté de tous, près de la femme qu'il a choisie et des enfants qu'elle lui a donnés. Cette vie ressemble à celle de la plupart des Arméniens transplantés en France : par leur labeur obstiné ils ont souvent réussi à atteindre un niveau social que tout semblait leur interdire. C'est en cela que cette existence est peut-être exemplaire. Mais elle est aussi pour l'auteur une occasion de poser dans le concret ce qu'on peut appeler la question arménienne, sans vaine polémique et dans un esprit de large ouverture. Les Arméniens aimeront se reconnaître dans l'un des leurs, et les non-Arméniens, quand ils auront lu cet ouvrage, comprendront peut-être mieux ce qu'est ce peuple, qui fut pendant dix siècles, comme les chrétiens du Liban, une forteresse assiégée par l'Islam, et qui en revanche semble très bien s'adapter à la vie et aux moeurs de l'Occident.

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