Pluriel

  • En polémiste implacable, André Glucksmann fustige les flottements et contradictions du « camp de la paix », de Chirac à Poutine, pour introduire le nouveau débat stratégique transatlantique. Du côté de ceux qui - rares en France - ont approuvé l'intervention anglo-américaine en Irak, il déplore la fracture qui se creuse en Occident.
    L'éviction du despote de Bagdad, nécessaire au nom des droits de l'homme, calamiteusement « justifiée » par des arguments douteux, est aux yeux de l'auteur une victoire de la liberté et une chance pour le monde. Ceux qui défendent la non-intervention sont en réalité des « attardés du 10 septembre », qui n'ont pas pris la mesure des nouvelles menaces nihilistes véhiculées par les groupes terroristes et les « Etats voyous ».

  • Alexandre Adler a rassemblé ici près de cinq cents de ses éditoriaux parus dans Courrier international, de 1992 à 2002. On y retrouve l'érudition de l'auteur, qui a déjà fait le succès de J'ai vu finir le monde ancien. Ce livre est aussi un panorama utile de la politique mondiale de ces dix dernières années : de l'après-première guerre du Golfe aux prémices de la seconde, en passant par le conflit en ex-Yougoslavie, l'intervention de l'Otan au Kosovo, le Zaïre, l'Iran, la guerre d'Afghanistan et, bien entendu, le conflit israélo-palestinien. Mais ce ne sont pas seulement les conflits ouverts ou larvés qui retiennent l'attention de l'auteur : les évolutions de l'Amérique, de Bill Clinton à George Bush, celles de la Russie dans la difficile succession d'Elstine, ou encore les nouveaux visages de l'Europe, qui doit intégrer une Allemagne réunifiée, font l'objet de nombreuses réflexions. Enfin, cet ouvrage dessine un parcours plus personnel : le cheminement d'un homme entre le démantèlement de l'ex-URSS et le 11 septembre 2001.

  • Né à Strasbourg dans une famille religieuse, Michel Warschawski part en Israël à l'âge de seize ans. Fondamentalement engagé pour la paix, il y deviendra une des figures les plus connues de la gauche radicale israélienne. Cet ouvrage raconte son parcours, son engagement ; l'auteur y mêle analyses précises et lucides des évolutions politiques israéliennes et évocation d'amitiés ou d'émotions ressenties dans les combats partagés.
    Il puise ses références dans la tradition talmudique, dans l'histoire du socialisme révolutionnaire et donne l'esquisse d'une synthèse possible au-delà du sionisme. Et lorsqu'il évoque les déceptions d'après Oslo, il ne manque pas d'affirmer son espoir qu'une paix juste puisse un jour s'imposer dans cette partie du monde.
    « Les trente-cinq dernières années de ma vie ont été une longue marche sur la frontière, ou plutôt sur les différentes frontières où se côtoient Israéliens et Arabes, Israéliens et Palestiniens, mais aussi Juifs et Israéliens, religieux et laïcs, Juifs d'Europe et Juifs d'Orient.
    Des frontières qui s'entrecroisent et parfois se superposent, plus ou moins perméables, plus ou moins infranchissables. »

  • La crise en Côte d'Ivoire est à la présence française en Afrique ce que la prise de la Bastille fut à l'Ancien Régime : le symbole de la fin. Insensiblement d'abord, puis à un rythme qui est allé s'accélérant pour culminer en cette funeste nuit de novembre 2004, quand l'armée française ouvrit le feu sur une foule de « patriotes » à Abidjan, la France a perdu « son » Afrique, celle où, de Dakar à Libreville en passant par Djibouti, N'Djamena, Brazzaville et Antananarivo, elle aimait à penser qu'elle était aimée. À présent la France a rapatrié ses ressortissants sous les huées, sinon sous les balles. Ailleurs, elle est déjà partie en catimini, à la fin de la guerre froide, quand l'Afrique a été abandonnée à son sort : effondrement de l'État, guerres, sida... L'aide a été amputée, les coopérants ont été retirés. Seule l'armée française est restée enfermée dans ses bases, garde prétorienne de régimes indéfendables. Après avoir été pendant plus de quarante ans le « gendarme de l'Afrique », la France s'est recyclée en « gardien de la paix ». De plus en plus souvent, les États-Unis et la Chine dament le pion à une « vieille » France gênée aux entournures par le génocide au Rwanda, le scandale Elf, les turpitudes de la « Françafrique »... Dans ce livre sans concessions, remarquablement documenté et étayé d'innombrables exemples et témoignages, Stephen Smith et Antoine Glaser pointent les erreurs, les lâchetés et les ambiguïtés qui ont émaillé la politique africaine de la France, et lui ont fait perdre ce « pré carré » qu'elle rêvait de façonner à son image.

  • La moitié du continent africain est dévastée par des
    « guerres d'écorcheurs » ; l'autre vivote entre crise et corruption, tribalisme et anarchie. Emigration clandestine, fuite des cerveaux : les meilleurs partent. Dans nombre de pays, les fonctionnaires cumulent des mois, voire des années d'arriérés de salaire, les hôpitaux sont des mouroirs, les écoles ferment. L'Etat s'effondre. Seuls quelques îlots émergent dans un océan de malheur. Le sida frappe partout, emporte les élites, réduit l'espérance de vie de quinze à vingt ans.
    Pourquoi l'Afrique meurt-elle ? Après avoir été martyrisée par la traite esclavagiste et soumise par le colonialisme, l'Afrique, handicapée dans le commerce international, en retard sur tous les plans, se suicide. Ses habitants, tétanisés par un présent qui n'a pas d'avenir, s'enferment dans un autisme identitaire. Face à la mondialisation, ils capitulent en postulant « l'homme noir » irréductible à l'universel.
    Un tableau sans complaisance et un cri d'alarme par l'un des meilleurs observateurs de l'Afrique aujourd'hui.

  • « Un spectre hante l'Occident, le spectre de loeislam » : paraphrasant le Manifeste du parti communiste, écrit en 1848, on pourrait ainsi résumer le sentiment qui s'est emparé des dirigeants du Nord, relayés par quelques intellectuels soucieux de défendre les valeurs du « monde civilisé » contre celles des « barbares ». En France, la peur est d'autant plus forte qu'elle se situe à la confluence de deux angoisses : celle du terrorisme islamiste, accentué par les horreurs de la guerre civile algérienne et les attentats du 11 septembre 2001 ; celle de la « menace » que représenteraient les nouvelles classes dangereuses, les immigrés issus des pays anciennement colonisés, notamment du Maghreb. C'est le fantasme de cette « menace » islamique, à la fois interne et externe, qu'Alain Gresh démonte ici. Non en présentant une défense de l'islam, mais à partir d'une vision laïque et rationnelle des musulmans, dans leur diversité historique et géographique. Tout en fournissant les éléments essentiels pour comprendre la religion musulmane et son histoire, l'émergence de l'islam politique et son rôle dans les différents conflits, cet ouvrage revient sur les débats qui ont secoué la France. L'islam est-il compatible avec la démocratie - Le foulard est-il une arme contre la laïcité - Les musulmans peuvent-ils s'intégrer dans les sociétés européennes - Les citoyens français, musulmans et non musulmans, croyants et non croyants, peuvent-ils bâtir ensemble un avenir commun...

  • Il est temps d'arrêter de prétendre que les Européens et les Américains partagent la même vision du monde.
    Sur les grands problèmes stratégiques et internationaux qui se posent aujourd'hui, les Américains viennent de Mars et les Européens de Vénus. Ceux-ci considèrent les Etats-Unis comme un pays au comportement unilatéral et inutilement va-t-en-guerre ; ceux-là ont peu de confiance à l'égard d'une Europe inconséquente et velléitaire. Rares sont les points sur lesquels ils s'entendent et l'incompréhension entre eux ne fait que croître.
    Les raisons de ce divorce sont profondes, anciennes et vont sans doute perdurer. Tel est le constat que fait Robert Kagan au terme d'une réflexion brillante, mettant Européens et Américains face à des choix qui engagent leur avenir.

    Traduit de l'anglais par Fortunato Israël.

  • Ce livre expose les conclusions doeune longue enquête conduite par une équipe de sociologues dirigée par Michel Wieviorka dans plusieurs lieux (Roubaix, Sarcelles, Marseille, en Alsace, à loeUniversité et en prison) pour évaluer la réalité de loeantisémitisme dans la France contemporaine. Opposant aux assertions catastrophistes comme aux dénégations outragées la réalité des faits, ce livre noeévite aucune question gênante :
    Loeantisémitisme en France est-il lié à loeexistence doeune importante population musulmane comme loeassure une idée répandue ? Doit-il beaucoup à la rencontre de loeislamisme et doeune extrême-gauche résolument antisioniste ? Le phénomène est-il favorisé par la tendance au communautarisme des juifs de France ? Trouve-t-il un débouché dans une extrême-droite puissante comme semble en témoigner loeAlsace ? Rencontre-t-il dans loeinstitution scolaire un espace favorable susceptible de le rendre vivace ?
    Il fournit à ces questions des réponses nuancées et concrètes, loin de tout excès et de toute généralisation intempestive, qui font de ce livre un ouvrage rigoureux et objectif qui dépasse toute polémique.

  • Télévision

    Breton-S

    Dans cet essai ironique, acide et minutieux, un ethnologue équipé d'un divan, d'un crayon dans la poche et d'un regard faussement candide fait mine de découvrir la télévision. Il s'interroge sur la force de l'habitude qui nous empêche de voir la chose pour ce qu'elle vaut. Il l'observe de près et puis de loin. Il tourne autour, la renifle et s'étonne. Il étudie ses mises en scène comme autant de rituels exotiques. Il refuse obstinément de s'intéresser à ce qu'elle raconte, parce qu'elle peut dire tout ce qu'elle veut. Il est surpris par cette façon si étrange qu'elle a de parler sans entendre et de montrer sans regarder. Il fait ainsi le portrait de notre époque, qui produit des paroles et des images volontairement amoindries, qu'elle consomme avec d'autant plus d'appétit.

  • Les polémiques sur la laïcité se sont focalisées sur la question de l'islam : celui-ci est-il ou non compatible avec la laïcité française ? représente-t-il pour nos valeurs et nos institutions une menace comparable, voire supérieure, à celle que représentait le catholicisme au début du xxe siècle ? olivier roy, nourri de sa connaissance approfondie des mouvements musulmans, souligne que l'islam contemporain est profondément sécularisé et ne représente donc pas une exception parmi les religions.
    En revanche, les formes diverses de retour au religieux traduisent un besoin d'affirmation identitaire. attentif à la dimension de contestation sociale du renouveau musulman en france, l'auteur met en garde contre la tentation de faire de la laïcité une religion civile exigeant l'adhésion des citoyens à un corpus de valeurs communes. ecrit d'une plume alerte et documentée, cet ouvrage contribue à clarifier un débat confus et permet d'envisager cette question de manière pacifiée, en démythifiant les craintes de la société française.

  • Il est temps doearrêter de prétendre que les Américains et les Européens partagent la même vision du monde. Ceux-ci considèrent les États-Unis comme un pays au comportement unilatéral et inutilement va-t-en-guerre ; ceux-là ont peu de confiance à loeégard doeune Europe inconséquente et velléitaire. Tel est le constat que fait Robert Kagan au terme doeune réflexion brillante, mettant Européens et Américains face à des choix qui engagent leur avenir. Écrit un an après, Les revers de la puissance fait figure de postface à ce livre : en effet, après loeentrée en guerre des Américains en Irak, Kagan prend la mesure de loeampleur des difficultés rencontrées, et tempère dès lors son plaidoyer pour loeunilatéralisme.

  • Le livre de Zaki Laïdi est la première synthèse à proposer une interprétation doeensemble du monde doeaprès la chute du mur de Berlin. Il suggère de comprendre la mondialisation comme une dissociation du sens et de la puissance : la guerre froide inscrivait la confrontation entre les puissances dans un cadre intelligible, sinon rationnel ; désormais, les acteurs internationaux sont dépourvus de cadres doeanalyse, incertains des fins quoeils estiment légitime de poursuivre, désorientés par la multiplication des conflits.
    De ce point de vue, le « règne du marché » est moins à comprendre comme une nouvelle forme de la tyrannie de loeéconomique, que comme la manière dont les relations entre les individus, les groupes sociaux, les États tentent de trouver une organisation minimale. Est-il dès lors possible doeenvisager de repenser un ordre pour ce monde privé de sens ? Coeest le pari que fait loeauteur, en misant à la fois sur une autolimitation de la puissance des États-Unis et sur la capacité des autres acteurs, en premier lieu loeEurope, à se doter doeun projet pour eux-mêmes, et pour un monde désormais irrémédiablement multipolaire.

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